Schrödinger

Début décembre dernier nous avons eu comme un goût de déjà-vu : une fatigue écrasante, ma poitrine douloureuse au réveil et qui gonfle, mes règles qui se font attendre, … Bref tous les indicateurs d’une nouvelle grossesse était là ! Pour confirmer le tout par principe, je fais le classique pipi sur bâtonnet à capuchon rose layette. Deux barres qui s’affichent, bref c’est parti !

Si pour Lucie nous étions déjà un peu pétés de trouille, nous ignorions encore réellement ce pour quoi nous signions : cette fatigue écrasante face à ces nuits sans sommeil, les petits et grands bobos, cette éreintante demande constante d’attention et de surveillance, ces trésors de diplomatie à inventer et déployer, … Bref tout le sel sans glamour de la vie de jeunes parents !

Et pour le deuxième, à toute cette liste s’ajoute les besoins de l’aînée ! À la lecture du résultat attendu et désiré, on est juste triplement pété de trouille…

Mais à côté de la trouille, le rêve commence aussi, on imagine, on se prépare pour ce jour du mois d’août 2018…

Je retrouve la routine de la femme enceinte avec mes deux premières prises de bêta-HCG à 48h d’intervalle pour confirmer la grossesse  : cette « DDR » (date des dernières règles) que l’on me demandera avant chaque rendez-vous ou examens, ces prises de sang mensuels (car j’ai eu la mauvaise idée d’oublier d’attraper la toxoplasmose avant – pourtant, croyez-moi, je m’applique : je ne nettoie pas particulièrement mes légumes, je préfère la viande saignante et j’ai des chats qui sortent et dont je nettoies le bac à sciures depuis que j’ai 12 ans !!!). Bref les petites trucs de la grossesse…

Puis, le 19 décembre, les résultats tombent, comme un couperet…

 

Entre le rayon des liquides vaisselle et celui des éponges, nos rêveries s’effondrent. Les taux de bêta-HCG n’évoluent pas assez vite. Trois hypothèses à cette heure s’ouvrent à nous :

  • au mieux je fais partie des femmes avec des taux qui évoluent anormalement sans que cela compromette la grossesse ;
  • plus probablement la grossesse est non évolutive et je devrai expulser naturellement l’œuf, ou alors aller réaliser une interruption médicale de la grossesse ;
  • dans le pire des cas l’œuf se développe hors de l’utérus et je vais devoir être opérée en urgence.

À quelques jours des fêtes de Noël, c’est la douche froide. Ma semaine marathon avec Lucie sous le bras commence alors, entre l’école, l’expédition avec valise et pains de glace pour rapporter la viande de Nifhel, passage chez la gynéco pour des nouvelles ordonnances, prises de sang et échographie.

Je ne sais pas si je dois me ménager ou si c’est peine perdue… Chaque déplacement m’angoisse : et si la fausse couche se déclenche alors que je suis partie loin à pieds avec Lucie ? Dans le doute, je mets par sécurité dans mon sac à main une couche et une culotte propre pour moi, à côté du change de Lucie. Je paranoïse à chaque instant à chaque petites choses que je ressens et perçois comme anormal, à en rendre dingue le Chti !

Au 21 décembre tristement les bêta-HCG ne s’envolent pas mus par un miracle particulier, ils continuent de stagner. Tout espoir est pour nous perdu. À ce stade, on espère juste éviter l’hospitalisation à cause d’une éventuelle grossesse extra-utérine pour ne pas gâcher ce Noël qui arrive et que Lucie attend avec tellement d’impatience et de joie.

C’est la mort dans l’âme que j’attends mon rendez-vous pour l’échographie et donc la confirmation définitive de la non-viabilité de ma grossesse. L’attente au milieu des futurs parents enamourés caressant tous ces ventres ronds et couvant de regards rêveurs ma petite fille sagement assise à mes côtés s’appliquant sur ses gommette tient de la torture. Arrive mon tour…

La bonne nouvelle ! Enfin une bonne nouvelle ! On peut partir pour les fêtes sans s’inquiéter outre mesure, on aura pas à annoncer à Lucie que Noël sera une autre année !! Mais aussi l’espoir fou qui renaît… et si ? Pour Lucie la médecine n’avait rien vu, peut-être que je suis un numéro bizarre qui fait mal mais que ça marche quand même ? J’ai rendez-vous deux semaines plus tard, le 3 janvier, pour suivre l’évolution, avec les fêtes difficiles de faire plus vite.

D’ici là, c’est l’attente, angoissante et interminable. C’est à ce moment là qu’on a décidé d’appeler ce petit truc « Schrödinger », car plus que jamais on ne savait pas si c’était mort ou vif à l’intérieur de mon utérus. Les fêtes de Noël passent, Lucie déclenche sa varicelle (c’est bien ma fille ça : tomber malade pendant les vacances !), l’anniversaire du Chti arrive et ce même jour, le 30 décembre à 6h du matin, Schrödinger aussi…

J’ai bien choisi ma date, on s’en souviendra de cette anniversaire là ! Lui à la maison avec Lucie et ses boutons, et moi aux urgences pendant plus de 4h pour attendre ma piqure de Rophylac (et oui ça m’apprendra à ne pas être – rhésus – positive…)

C’était le moins pire des pires cas, je suis heureuse que ma fausse couche se soit déclenchée spontanément, je ne voulais pas aller à l’hôpital pour la déclencher. Tout du long le personnel médical a été plutôt sympa avec moi et mes petits hauts et bas. Un mois après j’ai déjà l’impression qu’une année nous sépare de ces longues heures.

Comme disent les anglophones « shit happens » et « c’est la vie ». On aurait aimé que cela soit autrement mais c’est une histoire douloureusement classique : il suffit d’en parler pour entendre combien l’on est nombreux à traverser cette épreuve. Je suis assez jeune pour pouvoir retenter avec le Chti, j’ai déjà Lucie (et si besoin je m’en contenterai), ma santé n’a pas été compromise, de quoi je me plains ?! J’en tire une petite allergie (éphémère j’espère) aux femmes enceintes et aux nourrissons tout frais. Cela aura été aussi une bonne piqûre de rappel (malvenue) sur combien je ne kiffe pas la grossesse…

Cela m’aura également appris combien Lucie commence à vraiment bien comprendre ce qui se passe autour d’elle, à enregistrer ce que je raconte à son père et surtout à le ressortir à qui veut l’entendre, aussi compromettant que cela soit…

Alors d’abord ça pique vachement beaucoup le Rophylac. Et puis deuxio j’ai le gras de la fesse sensible moi d’abord ! Et tertio elle veut quoi ?! Ajouter l’humiliation au traumatisme !! La fille de son père ça !

30 commentaires sur “Schrödinger”

  1. Ça a beau être la vie je suis vraiment désolée pour vous…
    Pour avoir fait une fausse couche avant Hélio je sais à quel point la douche froide est difficile à encaisser quand on a commencé à se projeter :/ Mais comme tu dis tu as eu de la chance que ça s’arrête spontannément, ça n’avait pas été mon cas (grossesse arrêtée vers 3 semaines selon les échos, on a su ça à quasi 12SA…) et je ne souhaite à personne de vivre une expulsion au Cytotec seule chez soi sans encadrement médical ! Les pires jours de toute ma vie 🙁
    J’espère que le moral va et je ne doute pas que le moment venu vous pourrez vous lancer ❤
    Plein de bisous à vous 4 !

    1. Olala ça c’était une de mes craintes tout du long de la grossesse de Lu, que cela soit arrêté mais que je découvre des semaines après. Le rendez-vous des 12 semaines on y va la trouille au ventre… Psychologiquement c’est terrible… Et si en plus tu as dû passer par le Cytocec pour expulser, je comprends que cela soit encore sensible, heureusement qu’Hélio est arrivé après !!!

  2. oh 🙁
    Je te souhaite bon couragepour ces moments pas faciles passés et à venir, et j’espère que votre envie se concrétisera (même si je confirme que vous êtes dingues lol) . La grossesse, c’est pas le mieux mais après, c’est vrai que c’est inexplicable.
    Des bisous .

    1. Clairement oui je suis team la grossesse c’est naze !!! Mais après c’est mieux ! Après j’en connais plusieurs qui diraient que même un c’est déjà être tarées 😆

      Ici je veux pas laisser Lucie seule après nous, en espérant qu’elle s’entende avec sa fratrie !!!

  3. Elle s’inquiète juste pour ton derrière !
    Je suis désolée pour vous. Ca a beau être courant, ça n’en est pas moins difficile.
    J’espère que tu vas mieux. Je t’embrasse.

    1. Elle surveille beaucoup, à chaque fois que j’allais au toilette elle venait me demander si j’avais besoin d’une couche propre et si oui elle partait la chercher ou allait demander l’aide à son père pour. Une vraie petite mère attentionnée ♥

  4. Je suis vraiment désolée pour vous, j’espère que vous tournerez cette mauvaise page et qu’une bonne nouvelle viendra vite vous réchauffer les coeurs.
    Il y a une autre expression anglaise qui dit « life is a bitch », et des fois c’est malheureusement vrai. Grosses bises

    1. J’ai par ailleurs tellement de chance que j’ai pas voulu insulter ma life, c’est un caillou sur mon chemin et j’en rencontrais sûrement d’autres, mais tant que Lucie, Nif et le Chti vont j’irai !!

  5. Une épreuve sur le moment mais pour l’avoir vécue, j’avais fini par me dire que la nature est bien faite ! Ce n’étais pas le bon moment , vous êtes jeunes et il y en aura d’autres ! Ce qui m’a fait rire ce sont les réactions de Lucie : c’est l’âge où tout le monde sait ce qui se passe lol Bisous

    1. Oh après ou avant ton fils ?! Je crois qu’ils évoquaient les chiffres d’une femme sur trois qui en rencontrent une dans leur vie, et ça compte les femmes qui n’ont pas d’enfants ! Mais on en entend si peu parler…
      Lucie a été adorable, hyper sage chez les docteurs, un vrai ange !!

  6. Plein plein de courage! <3

    1. Ça va mieux, décembre a été pas fun mais le temps aidera, et une autre graine…

  7. Je t’envoie plein plein plein de bisous ! Et ton texte est très joli et émouvant, pudique et optimiste <3 .

    1. Merci ♥ C’était pas évident de trouver le juste ton, il m’a fallu du temps…

  8. Mauvaise nouvelle 🙁 mais effectivement, tu as tous les éléments pour réussir à franchir cette épreuve (notamment un grand sens philosophique « shit happens » :D… juste que c’est un deuil à faire alors bon courage pour ce deuil et tout mon soutien virtuel :*

    1. Hakuna Matata je dirais même plus 🙂 Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir et ce qui ne me tue pas me rend plus forte ! Le Chti adore mon optimisme…

  9. Oh, je suis désolé pour vous 🙁
    Je n’ai jamais fait de prise de sang pour confirmer mes deux grossesses. Je ne suis pas non plus immunisé contre la toxoplasmose, visiblement, on pourrait l’attraper en rongeant les os par exemple les cotes de veau pas assez cuite.
    C’est maintenant un deuil à faire. Je vous souhaite bon courage.

    1. Ici sans prise de sang t’es pas considérée comme enceinte quasi !! Et remarque avec ces prises de sang j’ai pu me préparer mentalement à la fausse couche à venir, au moins j’ai pas été surprise…

      1. Oui, c’est sûr qu’au moins ça a servi mais je me doute que ça n’en reste pas moins douloureux

  10. Oh, zut, je suis désolée de l’apprendre, j’espérais un happy end …
    Je te souhaite qu’une autre bonne nouvelle vienne chasser cette (désastreuse) aventure rocambolesque …
    (PS: je kiff Lucie )

    1. Jusqu’au bout on a espéré aussi, la chute n’en a été que plus rude… Et puis Schrödinger c’était cool comme pseudo !!! On espère que le suivant prendra pas trop son temps et tiendra le coup…
      Lulu a été attentionnée et adorable du haut de ses 3 ans, un vrai soleil pour nous !

    1. J’ai attendu un mois avant d’écrire pour ne pas être trop à vif. Il aurait été vain de réagir autrement, surtout face à la chance que j’ai par ailleurs, j’ai un toit, un mari qui m’aime et que j’aime, une super fille, et un adorable chaton.

  11. Bon courage à vous dans cette épreuve.
    Je suis sur que des moments de grands bonheurs vous attendent…c’est aussi ça la vie!
    Gros bissons

    1. Gros bisous…pardon…mon tel

    2. C’est sympa les bissons aussi !! 😉
      Merci beaucoup Barty, et avec Lu et Nif c’est sur qu’on a encore plein de moments de bonheurs en boîte ♥

    1. J’espère le garder jusqu’au bout celui-là, 32 ans qu’on cohabite, on s’est habitué l’un à l’autre !!

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