C’était une nuit comme beaucoup d’autres, nous venions de nous coucher quand Lucie se réveilla et m’appela. Le temps de la rassurer et qu’elle se rendorme, le Chti ronflotait tranquillement dans notre lit. Aussi silencieusement que possible je me glisse sous la couette à ses côtés quand il se retourne à moitié assoupi et m’enveloppe dans la chaleur de ses bras…Sauf que…
Étiquette : sommeil
Mon homme est un martyr, car non seulement je l’empêche de s’endormir avec mes ronflements d’enrhumées, mais en plus j’ai transformé mon coude en arme de réveil douloureux !Désolée Juju…
Il y a deux sortes d’enfants : ceux qui dorment comme des bûches, où on peut démonter leur lit avec une tronçonneuse sans même les faire ciller dans leur sommeil, et puis il y a les autres, ceux qui se réveillent au fond de leur lit à peine la lunette des toilettes voisine entrebâillée. Lucie est clairement dans la deuxième catégorie…
J’ai très vite appris mille ruses de sioux et autant d’astuces de ninjas pour arriver à sortir de sa chambre une fois la bête endormie.
Au début je profitais de son incapacité à se redresser pour m’étaler par terre quand méfiante elle tournait la tête vers la porte lors de ma fuite, me cachant à l’ombre de son tour de lit, mais petit à petit, au fur et à mesure de son développement, sa chambre se transforma en un terrain miné dont je devais noter chaque danger dans une carte mentale…
Et plus ça grandit, plus les pièges sont nombreux et disposés aléatoirement : tortue Duplo traitre, Tut Tut Bolide en embuscade, poussette sournoise chargée de balles, …
C’était un évènement de fin octobre que j’attendais avec impatience chaque année, un véritable marronnier dans les médias depuis ma plus tendre enfance : le changement horaire saisonnier !!!
Institué pour la France en 1916 une première fois, puis abrogé à la fin de la Seconde guerre mondiale, puis ré-institué en 1975 après le choc pétrolier en le justifiant par des économiesd’énergie. Finalement, en 1996, nous nous accordions avec toute l’Union européenne pour le réaliser le dernier dimanche d’octobre entre 2 et 3h, soit ce week-end en 2016.
J’avouais une très nette préférence pour le changement d’automne au changement d’été : comment ne pas se réjouir de cette heure bonus de dodo hein ?!Et puis je suis devenue Maman et d’un coup je me réjouis moins…
Après je médis, je médis ! L’année dernière Lucie s’était très bien mise à l’heure d’hiver directement ! Oui-da ! Brave fille !!
Elle avait si mal dormi cette nuit-là qu’elle était totalement décalée… sur les nouveaux horaires ! Et moi en essayant de la rendormir au milieu de la nuit j’avais pu assister en #live au changement d’heure sur mon téléphone (on ne se moque pas, on se maintient réveillé comme on peut !)Autant vous dire que j’étais joie, surtout qu’on était en plein milieu d’une série de cambriolages dans notre résidence et que j’étais seule dehors dans la nuit avec ma poussette…
En attendant je vais poster cet article à 5h du matin… eh oui elle ne dort plus (et moi avec) depuis 2h maintenant…
Ça promet !
Le monde est cruellement injuste, même face au sommeil nous n’avons pas tous les mêmes chances : il y a celui qui dort comme une souche dès la tête posée sur l’oreiller et ronfle comme un tractopelle, puis il y a celui qui compte les troupeaux de moutons et se réveille brusquement et régulièrement dans la nuit sans aucune raison apparente.
Chez nous la répartition des rôles est très claire : je suis la bûche et le Chti est le pauvre hère qui décompte les minutes avec son réveil. Cela ne m’empêche pas pourtant d’être celle de corvée les nuits pour Lucie, et pour Plume avant. Mettre des croquettes, aller faire un biberon, bercer et rendormir bébé trente-six fois au creux de la nuit : pas de soucis !
Vous voulez connaître mon secret ? En réalité je ne me réveille pas ! Car si je m’endors très vite, je suis très très longue à émerger complètement et cela donne apparemment, les matins difficiles, un spectacle pitoyable qui fait toujours rire mon adorable et compatissant mari…Mon mari aka l’homme qui sait me mettre en valeur…
Cet homme est de pur mauvaise foi !
Cela fait plus de 18 mois que Lucie est née (en réalité 19 mais j’ai mis un mois pour finaliser cet article) et j’ai aujourd’hui parfaitement endossé mon rôle de maman, ce statut qui me semblait si étrange les premiers jours. Je suis maintenant la maman aguerrie et entraînée d’une véritable petite fille. J’ai développé de nouvelles compétences insoupçonnées : je sais, au toucher, à quel stade de la poussée dentaire une gencive est, à l’odeur je connais d’avance la couleur du contenu de la couche, et d’ailleurs à la tête de Lucie je devine quand elle est en train de pousser (oui être mère c’est comme être enceinte : c’est glamour, surtout en photo !).
J’ai durant ces mois appris à relâcher la pression, à être beaucoup plus cool, j’ai appris à lui faire confiance tout simplement. Tant pis si cela demande de se casser le dos pendant deux mois, le temps qu’elle apprenne à marcher seule, tant pis si pendant des mois je dois l’accompagner dans son sommeil pour calmer ses peurs nocturnes, tant pis si elle ne mange pas équilibré tant qu’elle a suffisamment d’énergie, tant pis si elle est trop gentille face à des enfants agressifs, elle apprendra à se défendre plus tard. Pour le moment, je suis là pour elle et lui apprendre à être autonome.
Je ne serais jamais parfaite en tant que Maman, pas assez ci, trop ça, … Elle ne sera jamais une petite fille parfaite, pas assez ça, trop ci, … Par contre, elle sera toujours ma petite fille chérie et moi sa Maman.
Régulièrement on me conseille de « prendre plus de temps pour moi », que c’est « primordial pour mon équilibre personnel », que je ne dois pas « me perdre dans ce rôle » de maman. Parfois, j’avoue , oui j’ai envie d’une pause, de pouvoir aller aux toilettes sans qu’elle ne vienne me mettre de la crème solaire sur les genoux, de me coucher en sachant que la nuit sera sans réveils impromptus plus ou moins nombreux et/ou longs. Sauf que chaque jour Lucie grandit et gagne en indépendance, un jour elle partira sans se retourner, alors d’ici là je profite de tous les instants pour ne pas avoir de regrets plus tard. Elle est ce qui importe le plus aujourd’hui.
Et il faut reconnaître que la période actuelle est très sympa ! Elle est loin la couveuse de néonat’, la période des coliques inconsolables, la frustration d’un corps-prison ! Lucie profite de la vie de toute son énergie : elle court en s’émerveillant des fleurs, des animaux, des cailloux, bref de tout ce monde qui l’entoure ! Elle monte et redescend dans un ballet sans fin les toboggans, s’accroche farouchement à sa balançoire pour s’envoler un peu plus vers le ciel à chaque poussée, tourne sur le tourniquet à en perdre la tête et à en rendre malade les plus grands, dribble avec sa balle en la poussant de plus en plus loin, … Une vraie petite fille pleine de joie !
Si elle nous comprenait depuis belle lurette et obéissait à des ordres simples (« va chercher tes chaussures », « met ton chapeau », « range ton livre », …), depuis mai elle sait enfin se faire comprendre de nous, au-delà de « Papa » et « Maman ». Elle peut dorénavant nous dire « oui » (en hochant affirmativement des fesses) et surtout « non » (en secouant la tête et disant d’une petite voix ferme » ‘e veux pas »).
Elle n’a pas choisi la voix facile pour s’exprimer en se mettant aux phrases directement (« Papa viens m’ouvrir la porte », « après je veux faire ça », « Maman viens me voir ») au lieu de procéder mot par mot, cela tient encore pas mal du décryptage de linéaire A, mais elle qui était muette et très silencieuse, au point de surprendre les gens qui la rencontraient, sait maintenant se manifester.
N’allez pas croire que tout soit rose, si avec la chaleur elle s’est mise à demander « à boire » et à goûter l’eau, elle ne se nourrit que de son lait ou bien d’un yaourt nature Danone, de pain, de riz, de pâtes (de blé ou de légumes), de petit pois, de jambon, de tortilla, parfois d’une compote de fruits (de préférence fraise ou framboise). Mais pour nous, c’est déjà un progrès incroyable ! Et nous savons qu’un jour peut-être elle croquera gaiement de ses 14 dents la tomate qu’on lui présentera, ou ce morceau de banane, plutôt qu’aux Chocos® de Papa !
Le sommeil est un autre point noir, elle qui dormait si bien a perdu toute régularité avec la marche et les dents. Après avoir passé des nuits à la regarder s’entraîner à la marche pendant 3h dans notre couloir, je l’ai vu jouer pendant 3h dans sa chambre paisiblement au milieu de la nuit, puis se réveiller toutes les 2h en hurlant paniquée, puis de juste vérifier aux alentours de 4h que je suis toujours dans les parages avant de retomber dans le sommeil du juste. Dans tous les cas, je dois être maintenant présente dans un coin de sa chambre le temps de l’endormissement, pour la rassurer. Cela peut prendre quelques minutes comme deux heures.
Je n’ai plus décidé de lutter contre ce que certains appellent de « mauvaises habitudes », je pense qu’en lui laissant le temps, d’elle-même, elle prendra de « bonnes habitudes ». D’ici là je l’accompagne de mon mieux et savoure chaque petits cadeaux qu’elle me donne, sourit à la voir trépigner quand son père rentre, fond à la voir bisouter son chat chaque soir avant le coucher.
Les livres font partis de mon univers depuis ma naissance, s’il y a bien une seule de mes passions que je voudrais que ma fille attrape, c’est bien celle-ci…
Bébé, enfant puis ado, j’ai passé de longues heures sur mon lit la tête plongée dans un bouquin, rêvant et imaginant ces mondes alternatifs, riant à des situations abracadabrantes ou pleurant la mort de mon héros préféré…Avec la vie active, mes heures de loisirs se sont réduites drastiquement. Heureusement mes nombreuses heures de transports hebdomadaires me permettaient toujours d’apaiser ma soif de lecture quotidienne.
Puis Lucie est née. Du jour au lendemain mes lectures en cours ont radicalement changé : si mes bouquins se sont mis à prendre tristement la poussière sur mes étagères, je n’ai pour autant jamais autant lu les mêmes livres que depuis sa naissance…Moi qui n’ait jamais retenu une poésie ou une comptine, je peux vous réciter par cœur ses trois livres préférés (« Petit Ours Brun aime les bisous », « Chu’s day », « Le premier livre de bébé »). Je n’arrive péniblement à picorer pour moi que quelques lignes de mes magazines durant les siestes hypothétiques de Lucie, depuis le petit coin.
Voilà qu’elle était ma situation au moment des premiers dessins de cet article… Moment où, tout à coup, je pus en une semaine avaler plusieurs centaines de pages ! Joie immense ! Bonheur intense !Par contre, à l’heure actuelle, c’est mon sommeil qui me manque un peu beaucoup à la folie…